Expédition au Denali (McKinley), Alaska

12 Jul 2018

 

Sur le glacier en pulkas, avec le Denali en toile de fond 

 

Pour grimper le Denali il faut dans l’ordre : choisir l’équipe, les dates, la compagnie locale d’aviation, payer les permis ; une fois le permis accepté, réserver le créneau avec les rangers, réserver l’avion local pour nous déposer sur le glacier, les vols internationaux, l’hôtel à Anchorage, le moyen de transport pour aller à Talkeetna, prévoir une liste de courses bien entendu et une journée pour faire les achats à Anchorage. Or tout cela prend du temps et il faut au minimum demander le permis deux mois avant. Nous sommes début Mars et l’envie d’aller faire le Denali en Juin me titille.

Pourquoi le Denali (alias Mc Kinley) ? C’est un sommet qui figure sur la liste des seven summits en tant que plus haut sommet d’Amérique du Nord donc il attire beaucoup de monde et ce n’est pas trop mon truc, mais je ne suis jamais allé en Alaska et cela me tente. C’était même prévu l’an prochain. Mais aller au Denali peut me permettre de trouver du monde plus facilement que sur d’autres sommets d’Alaska. De plus le Denali est connu pour ses conditions difficiles au niveau météo (températures, vent, et grosses tempêtes) et je trouve que cela me fera un bon entraînement pour affronter des conditions similaires en haute altitude.

 

Pourquoi Juin ? En épluchant les bulletins météo et les statistiques, je découvre qu’en 2017 (cela se vaut aussi les autres années), 88 ascensions ont eu lieu en Mai, 311 en Juin, 91 en juillet, concentrées parfois sur certains jours (il y a eu 4 jours entre Mai et Juin avec 30 et 50 personnes au sommet). Le taux de réussite est de 50 % environ tous les ans (la statistique vient de tomber il est de 45 % pour 2018).

Pour l’anecdote 65 % des alpinistes se rendant au Denali sont américains (beaucoup de groupes guidés), 35 % d’autres pays et la France arrive en 4ème position des pays étrangers. Cependant nous n’avons rencontré aucun français sauf sur la fin un groupe de 4 de Chambéry, et ça a fait du bien d’entendre parler un peu sa langue :-)

Ces données fournissent au final pas mal d’informations, à savoir qu’il y a, malgré la mauvaise réputation du Denali au niveau climat, plusieurs créneaux météo pour faire le sommet dans une saison (au contraire de l’Himalaya par exemple souvent limité à un seul créneau). D’autre part Juin semble être vraiment le meilleur mois pour y aller, et cela donne aussi une idée de la fréquentation (un peu moindre que redouté).

Je fais la connaissance de Daria, infirmière, et Théo, moniteur de ski, tous les deux disponibles à ces dates, et surtout suffisamment libres pour rester un mois complet là-bas. Cette fois j’en suis persuadé, avec une bonne tactique et une bonne organisation on fera le sommet (pas question d’y aller trois semaines et rentrer bredouille à quelques jours prêts).

 

Le départ est décalé d’une petite semaine par rapport au planning initialement prévu eu égard à la réservation du rendez-vous avec les rangers, et j’éprouve quelques difficultés à obtenir mon visa américain à cause de la multitude de pays non politiquement correct figurant sur mon passeport, mais j’ai l’habitude de devoir gérer les imprévus comme ces deux aller-retour express à l’ambassade. Il y a quand même certains stress dont on se passerait bien.
Après une journée à faire les achats à Anchorage et cocher tout ce que j’avais prévu sur la liste (après concertation et accord de mes partenaires), nous emballons tout dans la foulée en sachets de nourriture pour trois, puis en sac de trois jours. J’ai prévu pour 31j de denrées, en espérant que le temps qui nous restera sera mis à profit pour faire 2,3 autres petits sommets aux environs. Je prévois donc de laisser à cet effet cinq jours de nourriture que je laisserai au camp de base du Denali.

 

Pasquer Voyages & Aventures aux commandes !

 

 vol magique au-dessus du massif du Denali

 

Le 26 Mai nous voilà à Talkeetna, pour un rendez-vous avec les rangers, qui nous accueillent avec un « bonjour » à l’accent bien américain.

Deux heures plus tard nous décollons sur notre petit avion, pour atterrir sur le glacier à 2200m trente minutes après : cette fois ça y est, on y est ! Juste le temps de monter la tente, préparer les pulkas et manger, et le jour se couche (enfin, tout est relatif, disons que le soleil est au crépuscule et qu’il fait froid, mais le soleil ne se couche jamais complètement à cette époque de l’année, un avantage indéniable sur cette montagne).
Le paysage est magnifique. Le vol fut d’ailleurs de toute beauté.

Il faut savoir que suivant l’horaire du rendez-vous vous pouvez partir dans la foulée sur le glacier, ou rester bloqués 2 jours si l’avion ne peut pas voler à cause de la météo. Donc pour nous la transition fut rapide.

 

on vient d'atterrir sur le glacier du Denali avec cet avion

 

camp de base du Denali

 

Dès le lendemain matin 5h nous voici debout pour ne pas perdre de temps, et à 7h30 nous commençons à manier, ou plutôt domestiquer, la pulka, et encordés ce qui ne facilite pas la chose.

La remontée du glacier est pénible, il fait vite assez chaud et c’est un long, long, faux plat. Nous installons notre camp 1 à 2400m. Un groupe américain est installé là, ainsi que trois colombiens. Quelques tentes sont installées 200 et 400m plus haut. Le vent se lève en soirée et j’ai toutes les peines du monde à faire la cuisine dehors en plein vent, malgré un abri en neige que j’avais confectionné deux heures auparavant. Un oiseau se blottit sous mon sac pour se protéger du vent, mais cela ne suffira pas : trente minutes plus tard il rend l’âme. Bienvenue au Denali …

 

camp 2 du Denali

 

Après une nuit courte et un réveil encore matinal, nous partons pour le camp 2 du Denali (ce sera d’ailleurs plus ou moins une constante de notre expédition, se lever tôt et partir quand les autres se réveillent à peine). L’idée aujourd’hui est juste de monter des sacs aux trois-quarts de la distance nous séparant du camp 2, et les enfouir pour les récupérer deux jours plus tard depuis le camp 2. Ceci nous oblige à faire l’étape camp 1 – camp 2 en deux fois mais nous évite d’être trop lourdement chargés et de transformer ça en un calvaire. A l’endroit où je pensais m’arrêter et où certaines équipes ont installé leur camp 2, il est encore bien tôt et je décide de pousser jusqu’au camp 2 (3300m) qui se trouve juste après une pente un peu raide, mes équipiers m’en voulant un peu sur le moment ! Mais nous gagnons un jour sur le planning et surtout deux heures de creusage et décreusage qu’aurait nécessité l’enfouissement de nos sacs. Arrivé au camp 2, j’en profite pour monter la deuxième tente qui se trouvait sur ma pulka, et y déposer nos affaires. Redescente express au camp 1, en effectuant certaines parties en mode luge allongé sur la pulka vide !

 

Démontage du camp 1 et montée au camp 2 le lendemain, suivi de notre premier jour de repos. C’est la tactique que j’ai choisie : faire peu de camp, monter en deux fois entre chaque camp et prévoir des jours de repos. D’autres équipes elles, choisissent d’avancer de façon continue en ajoutant des emplacements de camps, sans aller-retour, et en effectuant ainsi jusqu’à sept camps temporaires sur le Denali. D’autres tactiques sont possibles.

 

Le camp 2 est dans une sorte de mini-cuvette mais exposée aux vents, il y fait souvent mauvais, au contraire du camp 3 plus dégagé malgré le fait qu’il soit plus haut. Cela se vérifie ce soir comme la veille, nous sommes plus ou moins au niveau d’un plafond de nuages.

La suite de l’ascension, c’est le passage du « motorcycle hill », nom donné en référence aux sportifs à moto qui effectuent des montées de colline où le gagnant est celui qui monte le plus haut ou arrive en haut. Il porte bien son nom, et c’est pour moi le passage clé de l’ascension du Denali, qu’il faut bien appréhender, en crampons désormais et non plus en raquettes à neige (laissées donc au camp 2). La pente commence juste au-dessus du camp et cela permet de voir à quelle sauce on va être mangé. Comme je me félicite de faire ce trajet en deux fois ! Même si je porte plus au premier trajet qu’au deuxième, il n’aurait pas fallu que je porte cinq kilos de plus. Avec le poids de ma pulka, de mon sac, et la traction de la corde qui me relie à mon équipière derrière, je dois parfois m’employer et tendre tous mes muscles pour avancer, presque collé à la pente, pointes des crampons plantés dans la pente, et piolet solidement planté lui-aussi. Suivent plus loin deux autres pentes presque aussi raides, et arrivés à 4100m, c’est une délivrance de s’arrêter pour effectuer une cache de notre matériel. On aurait pu s’arrêter à 3900m, au passage dit du « windy corner » mais comme son nom l’indique il peut y souffler des vents violents, et même si ce n’est pas le cas aujourd’hui ça pourra l’être après-demain quand il faudra venir récupérer nos affaires. Nous creusons bien profonds car c’est bien une vérité, les corbeaux déterrent ce qui est mal enfoui, des traces de chips et de gâteaux à côté de nous en attestent !

Nous redescendons au camp 2 et croisons une équipe canadienne exténuée et obligée de s’arrêter installer leur camp à 3700m. Leur leader me dit qu’il aurait du écouter mes conseils, nous en avions en effet discuté la veille. La mauvaise nouvelle pour nous, c’est qu’il va falloir se retaper cette montée le lendemain…

 

camp 3 du Denali

 

L’arrivée au camp 3 du Denali sonne comme une arrivée à un camp de base, c’est assez étonnant. Alors qu’il n’y a bien sûr aucun baraquement et qu’il s’agit juste d’un grand replat en neige comme les autres emplacements de camp, il paraît moins austère. Il y a pas mal de monde et de tentes, la vue est splendide sur le sud du massif, et un camp de rangers est installé là (notamment pour donner la météo et gérer les secours), le Denali est un cas à part pour cela, la seule montagne où des secours sont installés sur la montagne pendant la durée de l’ascension.

C’est le camp où nous allons rester le plus de temps, pour s’acclimater (nous sommes à 4300m), se reposer, guetter la fenêtre météo pour monter plus haut (au camp 4 à 5200m, le dernier camp avant le sommet). Contrairement au camp 4, où l’on ne reste pas en permanence car il y fait très froid et parce qu’il est soumis à de forts vents, on peut rester sans trop de problèmes un certain temps ici.

Après un départ à 5h, une montée harassante, un montage de tentes, la cuisine à faire, je rentre dans la tente pour la 1ère fois à 21h15, quelle journée ! La journée de demain (repos) va me faire du bien.

 

Ce petit camp de base qu’est le camp 3 est l’occasion de rencontrer les autres équipes (la moitié sont des amateurs, l’autre moitié sont des groupes américains guidés). Vous savez où va ma préférence… Je ferai donc la connaissance de bulgares (merci pour les saucisses), de canadiens, d’un australien, d’une polonaise, de voisins argentins (très très bruyants, en fait non je n’ai pas eu envie d’aller leur parler), de quelques américains (Alaska, Colorado, Nouveau Mexique), etc. J’ai notamment bien sympathisé avec un duo mixte américain avec qui j’ai pris un rab de petit-déjeuner. Cela permet de parfaire son anglais, passer le temps, et créer un peu de lien social là où en montagne on est un peu dans sa bulle il faut le reconnaître.

 

 sur l'arête mixte entre camp 3 et camp 4 du Denali


Désormais, fini le tirage de pulkas ! La suite de l’ascension c’est le « headwall », une pente raide à 40 degrés max, qui peut être en neige ou partiellement en glace, avec une belle rimaye à passer, mais équipée de cordes fixes sur les 300 mètres les plus raides. Nous nous y rendons pour déposer un stock d’affaires (nourriture, gaz, 2ème popote, pelles). La stratégie que j’ai choisie est d’y monter trois jours de nourriture (la veille du sommet, le soir du sommet, et un jour de rab, pas plus) ; s’il faut plus cela signifiera redescendre au camp 3 en chercher. Il faudra donc bien guetter son créneau météo. J’ai fait le choix aussi d’avoir une 2ème tente . C’était pour moi un choix crucial dans la réussite du sommet : cela fait un peu de poids en plus mais cela apporte tellement de souplesse et de sécurité. On peut redescendre au camp 3 en cas de coup dur sans devoir démonter et transporter la tente, et on peut monter dormir au camp 4 pour s’acclimater, même si laisser une tente là-haut inoccupée est fortement déconseillé en cas de tempête (plus d’une tente s’est envolée ici). Après demande et accord auprès des rangers, on nous a signifié qu’il y avait une petite tolérance d’un jour ou deux. Leur crainte étant qu’une tente envolée dénature le Denali et leur objectif légitime est aucun déchet sur la montagne. Je ne compte pas de toutes façons perdre une tente à plus d’un millier d’euros ! C’est en effet ma meilleure tente, achetée neuve et que j’étrenne au Denali, celle que j’estime le plus à même de résister aux vents violents.

 

ça souffle un peu sur la crête...

 

Après avoir donc fait notre dépôt, nous redescendons au camp 3 et constatons qu’une fois encore nous avons eu raison de partir tôt : il fait chaud cet après-midi, et une queue s’est installée au pied de la rimaye et des cordes fixes, une vingtaine d’alpinistes sont là ! Qui dit chaleur dit fatigue, et plus d’eau à boire et transporter. En partant tôt, on a froid pendant une à deux heures et ensuite c’est parfait.
Le lendemain nous remontons et allons cette fois-ci déterrer et porter le matériel jusqu’au camp 4 et installer la tente. Cela a deux avantages : faire une petite acclimatation (y dormir aurait été mieux mais je le prévoyais par la suite) et ne pas devoir se fatiguer à creuser, construire des murs de blocs neige la veille de faire le sommet. Nous y passerons deux heures et demi et le travail fut harassant mais le résultat est impressionnant : nous avons un mur qui fait tout le tour de notre tente et de la hauteur de celle-ci, à faire pâlir d’envie la muraille de chine ! Il est 16h30, il faut redescendre.

L’accès au camp 4 à 5200m depuis le dépôt à 4900m est une longue arête en mixte assez facile mais plaisante, et nous prend environ deux heures. Le retour au col au-dessus de la pente raide menant au camp 3 est agréable aussi dans ce sens, enfin de l’alpinisme après avoir tiré une pulka pendant plusieurs jours.

 

vue sur le camp 3 tout en bas depuis le camp 4 du Denali

 

L’idée ensuite était de venir y passer une nuit afin d’être parfaitement acclimaté. C’était pour moi important de faire ce choix, contrairement à celui de monter au camp 4 pour faire le sommet dans la foulée, afin de maximiser nos chances d’une réussite à la première tentative et s’éviter aussi une journée galère. Seulement c’était sans compter sur la météo : une fois redescendus au camp 3, une tempête est prévue dans les tous prochains jours et vient d’être annoncée par les rangers et confirmée par nos contacts en Europe qui nous envoient la météo.

La mauvaise nouvelle, c’est qu’il va donc falloir choisir entre attendre plusieurs jours que la tempête se calme (et stresser pour la tente là-haut, car elle peut aussi être recouverte de paquets de neige), ou repartir demain matin (en supprimant le jour de repos prévu) pour dormir au camp 4, faire le sommet, et redescendre juste avant la tempête.

Repartir directement sans jour de repos est contraire à mon plan, mais nous sommes montés une fois à 4900m, et avons passé plusieurs heures à 5200m. Ça se tente. Surtout que même si nous avons du temps, les tempêtes ici peuvent durer longtemps. Je ne peux m’empêcher de penser qu’il y a eu un superbe créneau météo quand nous sommes arrivés au camp de base du Denali (ah, si nous étions parti une semaine plus tôt comme prévu initialement nous aurions fait le sommet en un temps record), et qu’il y a en eu un autre ces jours-ci : il faut profiter de cette accalmie avant la tempête pour faire une 1ère tentative.

Remontée donc au camp 4 avec nos affaires pour le sommet (combinaison duvet ou affaires les plus chaudes, petit sac, duvet, tapis de sol, etc) , et nuit là-haut pour un réveil prévu le lendemain à 7h30.
Il est Jeudi et les prévisions météo pour Vendredi se dégradent : ils prévoient 70 % de couverture nuageuse et 70 % de chances de chutes de neige sur le Denali, mais peu de vent et c’est l’essentiel.

 

 camp 4 du Denali et notre mur de neige

 

Vendredi, camp 4, 3h du matin : je sors la tête de la tente pour constater que le ciel est totalement clair sans vent ! 3H30 : toujours pareil, et je ne tiens plus en place. Je laisse mes compagnons dormir encore une demie-heure et j’annonce le départ pour le sommet !! Il faut en profiter avant que cela se dégrade peut-être cet après-midi (comme c’est habituellement le cas depuis notre arrivée, il fait souvent beau le matin et les nuages arrivent l’après-midi). Petit-déjeuner très rapide et efficace comme nous savons le faire, et traversée en direction du Denali Pass. Il fait froid, nous sommes à l’ombre et il faut admettre que c’est difficile, nous nous prenons onglée sur onglée. C’est pour cela que les cordées partent toujours plus tard en direction du Denali Pass (il prend le soleil à 11h), mais je reste persuadé qu’aujourd’hui encore notre stratégie va payer. 2H30 plus tard (on visait 2h) nous arrivons au Denali Pass, et le soleil est au rendez-vous ! Cela fait un bien fou, même s’il faut que j’accélère pour réchauffer mes pieds. Les principales difficultés sont passées, la suite est assez débonnaire, peu de crevasses, et le glacier tellement bouché que d’un commun accord nous pouvons nous désencorder. Il faut dire aussi qu’avancer toujours au même rythme crée parfois quelques petites tensions dans la cordée à la longue, chose assez normale en altitude, et se désencorder permet aussi d’avancer à son propre rythme sans subir d’un côté ou de l’autre.
 

Personne à part nous, un temps superbe, toute la journée devant nous, pas de stress, nous avons le sommet pour nous ! J’avance à bon rythme et sans trop le vouloir en me retournant je constate que j’ai laissé Théo et Daria derrière, mais visibles. Arrivé sur le « football field », grand plateau que je pensais bien plus long, je pose ma gourde pour m’alléger encore. La pente qui fait suite fait mal aux jambes mais une heure plus tard je suis au départ de l’arête menant au sommet du Denali !
Le temps est parfait, toujours grand beau sans vent. Nous sommes au-dessus d’une mer de nuages sur toute la région, c’est superbe. Comme je suis content d’avoir joué la bonne carte météo et saisi cette opportunité à 4h du matin, bonne pioche ! J’attends Théo pour finir avec lui mais au bout de vingt minutes je commence à avoir de nouveau froid donc je continue. L’arête finale est sublime, un peu effilée par endroit mais avec une trace bien large et sûre. Il est 10h30, je suis au sommet du Denali !

 

 arête finale du Denali


Je réalise au bout de quelques minutes que l’objectif est atteint et le sera probablement pour tous les trois, cela me remplit de joie, pas tant pour la joie que procure le sommet, mais pour le fait d’avoir bien géré l’organisation.
Pressé de voir arriver Théo, je fais les cent pas le long de l’arête, j’aperçois Daria plus bas, qui avance moins vite mais largement dans les temps. Comme me le disait un guide américain qui nous a suivi plus ou moins depuis une semaine « your team is better than you tought Arnaud ! ».

Bravo Daria, qui n’aura rien lâché et suivait son petit bonhomme de chemin depuis le début de cette expé. Théo arrive, et je filme son arrivée au sommet, quelle émotion !

Il aura mis six heures pour faire le sommet, et la moyenne est de douze heures, c’est dire la caisse qu’il avait, ça aide d’être moniteur de ski ! Sous douze heures, on est rapide, au-delà on est trop lent, c’est la règle au Denali. Un peu inquiet lorsqu’une équipe se qualifiant de « strong » m’avait annoncé avoir fait le sommet en seize heures il y a quatre jours (mais avec du vent), je constate que nous sommes en forme tous les trois, et que le planning était le bon. Amusant de voir que j’avais planifié le sommet pour le Vendredi 8 Juin et que cela se sera avéré exact.
 

Cela me conforte dans l’idée que c’est surtout ça le Denali, savoir tenter sa chance au bon moment.

Cependant ce sommet n’est pas si dur que ce que l’on dit. Des distances « dernier camp-sommet » bien moins grandes qu’en Himalaya, et l’essoufflement peu perceptible si l’on est bien acclimaté. A aucun moment je n’aurais souffert comme sur un 8000m. De par sa position proche de l’Arctique et la couche d’atmosphère plus fine (donc moins d’oxygène, je schématise), on considère
que c’est équivalent à un 7000m. Je n’irais pas jusque là mais ça équivaut à un bon 6500m des Andes.

 

En redescendant vers notre tente, nous croisons de nombreuses cordées, tous ceux présents cette nuit en fait, se suivant à la queue-leu-leu, et sous la chaleur (oui, oui, je dis bien la chaleur, somme toute relative). Comme je ne les envie pas ! Certains avancent vraiment très lentement, et finirons à la nuit, retour vers minuit c’est sûr, alors que nous avons tout le loisir de flemmarder et profiter de notre réussite tout l’après-midi. Sous la pente menant au Denali Pass, on en croise encore, et en dernier figure un canadien fort sympathique, ayant attendu toute une journée ses compères d’aventure qui devaient monter la tente. Ils ne sont jamais venus et il a donc passé la nuit dans une grotte de neige, quelle motivation, respect !

 

Quand à nous, nous repassons une nuit au camp 4, plions celui-ci le lendemain et redescendons les sacs bien lourds au camp 3 avant que la tempête n’arrive le lendemain.

 

Théo et Daria avec des sacs bien chargés au camp 4

 

Mais je suis effaré de voir des cordées monter au niveau des cordes fixes. La tempête arrive demain !! Ils vont se retrouver bloqués là-haut, à moins qu’ils ne fassent un dépôt matériel. Quoi qu’il en soit, certains étaient vraiment montés, et je n’aurais de cesse de penser à eux pendant les trois jours qui suivront, où nous essuierons chutes de neige sur chutes de neige, et un vent fort visible là-haut sur la crête…

 

 en redescendant de l'arête entre camp 3 et camp 4

 

Au bout de trois jours passés au camp 3 à subir les intempéries, une accalmie de douze à vingt-quatre heures est annoncée avant la survenue d’un épisode nuageux et venteux plus fort, une véritable tempête. Que faire ? Il a beaucoup neigé alors je crains les pentes avalancheuses et surveille les pentes autour du camp (protégé néanmoins de ces pentes) pour évaluer ce qui peut se passer dessous. Cela nous vaudra pas mal d’échanges avec Théo spécialiste du sujet, lui étant favorable à une descente avant la tempête, à juste titre, moi un peu hésitant à cause de la quantité de neige tombée. Nous nous débarrassons de notre nourriture en trop, au cas où. Cela donne lieu à de sympathiques balades dans le camp au son de « free fuel, free food », et nous avions bénéficié comme cela de petits en-cas nous changeant de notre nourriture classique la semaine précédente.
 

Début de l’accalmie, nous apprenons que vingt-cinq soldats britanniques montent du camp 2. Un peu sceptique je les vois arriver à 19h. Une heure plus tard ma décision est prise, on se barre !

Nous n’avons pas fait de sieste donc pas dormi depuis ce matin, la descente va nous prendre toute la nuit, mais ce sera l’occasion d’assister au bref coucher et lever de soleil, et de bénéficier de leur trace, avant que l’apocalypse se déclenche sur la montagne, nous bloquant trois, quatre, dix jours ?

 

coucher de soleil au Denali, ici au niveau du Windy Corner

 

Cette descente fut féerique : le soleil rasant l’horizon, les nuages se couvrant de rouge, les lenticulaires se mettant en place autour des monts alentours, synonyme de vents forts annonciateurs de tempête sur le Denali. Et le jour permanent diminue la fatigue, la nuit est passée plus vite que je le redoutais. Douze heures plus tard, nous sommes de retour au camp de base. Théo parti devant sur la fin prend le 1er avion, je prends le suivant avec Daria. Douze jours pour atteindre le sommet, dix-sept au total ascension et redescente compris.
J’avais laissé quelques jours de nourriture au camp de base pour faire deux trois ascensions autour de sommets dont j’avais étudié le topo mais mon idée n’enchante pas la foule. Pas grave, l’essentiel est fait ! Quelle belle réussite pour nous tous, quelle belle aventure ! Au revoir Denali, et peut-être à une prochaine l’Alaska pour d’autres sommets !

 

Merci à mes deux compagnons pour avoir fait confiance à leur « leader » dans l’organisation et pour avoir supporté mes légers coups de gueule ! Quand à moi, cela a accentué mon envie d’organiser une expé sur 7000 ou 8000m à l’automne. A suivre ...

 

D'autres photos :
(@copyright photos : Arnaud (Pasquer Voyages & Aventures) et Théo (Grand Massif Aventure))

 

Et une vidéo de l'ascension : https://youtu.be/fkUxP7XIJ4k

 

 

 

 

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