Grimpe trad' sur coinceurs dans l'Anti Atlas au Maroc
- Arnaud Pasquer
- il y a 3 jours
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 1 jour

Grimpe sur coinceurs, escalade trad' (pour traditionnelle) ou terrain d'aventure pour le club alpin, trois noms différents pour une même pratique : grimper des parois rocheuses vierges de tout équipement (spits). Il faut donc placer ses propres protections en glissant câblés et friends dans des trous ou fissures. A ce petit jeu excitant et prenant, les français sont loin d'être les premiers pratiquants, à l'opposé des anglais ou des américains qui mettent un point d'honneur à ne grimper exclusivement que de cette façon.
Tafraout, ville située au coeur de l'anti-atlas marocain et défrichée par les anglais il y a une trentaine d'années puis plus récemment, en est devenu un des symboles. Aucun spit, même pas aux relais, rien, nada !
Adepte de la grimpe sur coinceurs (je trouve que c'est aussi amusant de trouver comment se protéger que de trouver les prises), et de la grimpe "plaisir", c'est mon 2ème séjour là-bas et je m'y suis encore une fois régalé. Il y a de tout pour tout le monde, le grimpeur moyen de 5, et le bon grimpeur de 6 ou plus. Il y a même de très beaux itinéraires dans le 4.

Malgré tout, ce n'est peut-être pas le meilleur endroit pour apprendre à poser des coinceurs, et une expérience de la chose est recommandée avant de s'y aventurer. Certaines longueurs ou certains itinéraires sont vraiment très exposés, avec peu de possibilité de poser des protections, donc ça engage quand même pas mal la viande !! De quoi relancer le débat entre éthique pure et sécurité.
Personnellement, j'aime beaucoup grimper sur coinceurs et je trouve ça chouette qu'il y ait un endroit exclusivement dédié à cette pratique, mais c'est vrai que j'ai effectué de nombreuses longueurs où la chute était strictement interdite sous peine d'y perdre la vie. Et cela questionne pas mal sur la pratique, j'aime grimper sur coinceurs mais pas au point d'y laisser ma peau... !
Le topo (ou plutôt les topos car ils ne sont pas véritablement exhaustifs) mentionne par un pictogramme que certaines voies sont "gear" (=se protègent bien), et d'autres sont "bold" (=audacieuses, c'est à dire compactes sans pose de protections possibles), c'est déjà ça, mais de nombreux passages ou longueurs "bold" ne sont pas répertoriés.
J'invente un nouveau terme pour décrire les longueurs en y ajoutant le qualitatif de "tétraplégique" : ce qui signifie qu'on peut y placer plus de 2 ou 3 protections (mais pas beaucoup plus) ce qui peut faire frémir mais ça change tout dans la tête en comparaison de celles (certes rares) où je me suis contenté d'aller juste tirer la corde jusqu'au relais ! (rires nerveux)
Les voies au pictogramme "gear" où on peut placer 7,8 voire 10 protections par longueur sont donc un luxe qui vous ferait presque penser que vous êtes dans une voie spitée :)
Ne pas avoir l'habitude d'un certain engagement risque donc de vous faire passer de mauvais moments mais c'est aussi ce qui fait le charme du lieu. Dernière recommandation, les cotations et surtout la correspondance anglais-français est une gigantesque blague.
Il faut plutôt ajouter un chiffre pour avoir une idée à quoi s'attendre par rapport aux cotations françaises. Par exemple un 4a anglais correspond plus à un 5a français ressenti, 4b pour 5b etc. Sinon toutes les voies que j'aurais faites ne dépasseraient pas le 4 ! Voir même pas le 4sup ! Je ne connais aucun surplomb déversant dans le 3 personnellement par exemple :-)

Passés ces quelques avertissements, c'est pour moi un des plus bels endroits pour la pratique plaisir de cette discipline. Un must. Avec de quoi s'occuper des années entières... Je rêve d'y vivre à ma retraite.. Par contre ça commence à se connaître de plus en plus, il y a 7 ans je n'y avais croisé que 2 grimpeurs dans la ville, cette année j'en ai croisé beaucoup, dans les hébergements, les restaurants, sur les approches parfois et même dans une voie une fois.
Deux jeux de friends sont nécessaires (néanmoins un seul taille 3 et un optionnel taillé 4 pour la plupart des voies), ainsi qu'un bon jeu de câblés et quelques sangles (plus deux grandes de 240cms pour les relais), et éventuellement un jeu de 4 tricams, utiles dans certains trous. Je n'avais pas emmené des excentriques cette fois-ci mais mon 2ème jeu était composé de totem cams, fort utiles car pas mal de fissures sont horizontales. Nous avions une corde de 40m et une corde à double de 60m pour multiplier les possibilités (une minorité de voies se redescendent en rappel cependant).
Il y a deux grandes stratégies pour équiper une longueur en général en trad' : placer le plus de protections possibles et régulièrement tout au long de la longueur, quitte à se retrouver "juste" au moment de construire son relais, ou au contraire économiser ses protections pour être sûr de pouvoir faire un excellent relais. Je fais partie de cette 2ème catégorie, considérant que le relais est vraiment une chose sur laquelle il ne faut jamais lésiner et être persuadé qu'il soit toujours "béton". Cela implique des choix, comme celui de peu protéger les débuts de longueurs (or un point de renvoi "béton" que j'essaie de faire avec un câblé). D'autre part j'essaie au maximum de placer des câblés plutôt que des friends (surtout les gros), que je préfère garder pour les relais (en y ajoutant aussi un câblé "béton" au sein du relais ou en back-up).

Trop long de détailler 3 semaines de voyage et 19 journées d'escalade (principalement des grandes voies) en quelques lignes, alors quelques photos parleront d'elles-même !
Mais l'Anti Atlas est en perpétuelle frénésie d'ouverture, car c'est un endroit où il est assez facile d'ouvrir une voie. Après deux belles (et longues) aventures effectuées il y a 7 ans, je me suis contenté cette année d'une variante directe de sortie (qui ne passait pas pour mon niveau, il a fallu artifer un dévers), et d'une très belle ouverture en 5a max de deux longueurs en variante d'une voie existante ("wild country"), que j'ai appelé "noir c'est noir" car elle emprunte un canyon très encaissé et reste à l'ombre. Si vous êtes intéressés pour la répéter, je peux vous donner plus d'infos. C'est stimulant d'ouvrir une voie dans laquelle on ne sait pas si ça va sortir ou si ça peut se protéger, un peu stressant aussi ("the sting in the tail" comme ils disent !) mais c'est assez épanouissant ! Et ça peut se faire ici plus qu'ailleurs.
A part ça, l'an prochain ou en 2027, je pense organiser un voyage "club" là-bas, à vos lettres de motivation ;-)













































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