Imja Tse (6189m)


Ca souffle fort en haut du Lhotse ! !!
Ca souffle fort en haut du Lhotse !

L’Island Peak, alias Imja Tse, est le projet d’Aurélia à la base avec qui j’avais voyagé l’an dernier, qui voulait faire son premier sommet lointain, en altitude, pas trop dur mais pas trop simple, projet auquel s’est joint Hugo puis Pauline, absente.

Deux débutants pour gravir un sommet de 6000m, l’objectif est assez ambitieux mais l’idée me plaît. Nous avons prévu de nous voir en Septembre dans les Alpes pour leur apprendre le b.a-ba mais cela n’aura pas pu se faire finalement. De par les formations que je donne au CAF, j’aime transmettre et voir les gens progresser, mais le faire sur un sommet himalayen revêtira une saveur particulière !


Aucune pression sur mes épaules pour ce sommet très accessible mais juste l’envie de bien faire, c’est à dire emmener tout en haut Aurélia et Hugo qui m’ont fait confiance. Le planning a été basé en ce sens (dates favorables, et jours de rab afin de pouvoir choisir le jour d’ascension tout en ne ratant pas le vol retour en France en cas de mauvais temps à Lukla). Et la météo prévue (après la désormais classique période de mauvais temps fin Septembre) s’annonce parfaite ! Peu de vent hormis les rafales mais ça ne devrait nous gêner que sur l’arête finale, et temps sans nuages (au moins le matin). La neige tombée récemment post-moussons nous garantit une pente sans glace et un glacier sûrement bien bouché. Je jubile car si mes deux compères respectent leur corps (ne pas trop en faire pendant l’approche), ça devrait le faire !


La veille d’arriver à Chukkung (dernier village avant le camp de base), nous sommes à Dingboche et le premier caillou dans la chaussure se présente : Aurélia est malade. Avec Hugo, nous montons sur un belvédère à 5000m pour s’acclimater. Le lendemain, en restant avec elle lors de la montée à Chukkung, j’attrape froid à mon tour et la nuit est un cauchemar : toux sans interruption, fièvre, mal de gorge, sinus complètement bouchés, glaires purulentes à gogo. J’ai dormi dans mon duvet tout habillé, doudoune, polaire, deux couvertures par-dessus, et j’ai frissonné toute la nuit. Seul Hugo est en forme. Je propose de rester un jour sur place pour se reposer, nous ne sommes de toutes façons pas en état de continuer. 19 Octobre au matin, j’ai encore passé une nuit horrible, Aurélia commence à aller mieux. Je zappe le petit déjeuner mais je me force à me lever pour débuter l’ascension du Chukkung-Ri, un sommet de trek à 5550m qui nous permettra de nous acclimater. Je sais l’importance de cette journée, l’importance qu’ils aillent à cette altitude, et l’importance pour moi, pour eux, d’y aller aussi : sans moi ils ne peuvent tenter l’Island Peak, et pour être en forme, je dois monter là-haut, quitte à m’y traîner. « Départ dans 10 minutes ! Retrouvez-moi sur le sentier. ». Je pars devant presque en titubant et je suis persuadé qu’ils vont me rattraper. Finalement deux heures 15 plus tard je suis au sommet ; même « grippé » (nous apprendrons plus tard que nous avions le Covid, comme beaucoup de monde dans le Khumbu cette saison...) j’ai pu avancer à un bon rythme, tout au mental. Hugo me rejoint 20 minutes plus tard, Aurélia a fait demi-tour vers 5100m, ce qui me contrarie un peu. Elle aura une 2ème chance demain, je file me replonger sous les couvertures.

21 Octobre au matin, nous ne sommes pas guéris mais allons un peu mieux, et partons pour le camp de base. Mon plan initial était d’aller installer un camp d’altitude pour leur faire connaître l’ambiance de dormir sur un glacier, dans notre tente posée sur la neige, mais les forces en présence me font changer les plans : on partira du camp de base, comme toutes les cordées avec guide local (c’est à dire toutes les cordées sauf la nôtre!). Soit un dénivelé de 1200m, mais en un seul effort sac léger.

Départ 1h30, sommet à 9h30 soit 30 minutes de moins que la prévision. Ils peuvent être fiers de leur réussite : je n’ai été qu’une aide et leur ai laissé beaucoup d’autonomie.

Nous avions vu le rappel lors de l’approche, l’encordement, le mouflage (j’estime à 5-10 % le nombre de personnes présentes sachant faire un mouflage), et je ne souhaitais pas les promener au bout d’une corde sans les laisser maître de leurs mouvements. On voit quand même beaucoup de choses étonnantes sur cette montagne : traversée de glacier sans corde, descente en rappel au machard uniquement, ou au descendeur avec le guide au-dessus en tension sur 3m de corde et un machard sur la corde fixe, pas de piolet pour les clients à partir de la paroi en neige (tirage à deux mains sur les cordes fixes !). Même si j’aurais souhaité tout faire sans cordes fixes, le temps imparti au pied des difficultés (150m de pente raide) me fait opter pour une montée sur les cordes fixes, en laissant notre corde en bas de la pente. Mais pour nous, chacun gère sa montée au piolet-jumar, à son rythme, et je me contente de donner des conseils (en chuchotant à l'oreille d'Hugo car je suis aphone !). Sur l'arête finale nous temporisons 15 minutes le temps que tous les autres alpinistes redescendent, afin d'avoir le sommet pour nous et ne pas se croiser sur l'arête. Au sommet, superbe vue sur la face Sud du Lhotse, le Makalu en face, et toujours l'Ama Dablam ! A la descente, je pars devant après une rapide révision, et une fois que je vois que le premier rappel se passe correctement, je descends vite en bas, en désescaladant plutôt que d’enchaîner les rappels. Même si je suis près à remonter en cas de ‘blocage’, je trouve cette façon de faire bien plus valorisante pour eux deux : je leur prouve que je leur fais confiance, et ils auront beaucoup plus l’impression d’avoir été des alpinistes autonomes à part entière, d’avoir mérité ce sommet. Ils peuvent être fiers d’eux, même s’ils ont bien compris que l’alpinisme n’était pas si facile, et redescendent plein d’humilité. Cela me réjouit, et je me dis qu’ils ont bien compris le message et ma philosophie, car beaucoup de gens redescendent en pensant déjà « aller plus haut »… Soupir…

Descente fatigante comme d’habitude, mais à 14h nous sommes au camp de base, où nous retrouvons nos porteurs, qui nous accompagnent depuis le début du trek, et le soir à Chukkung, où je file me coucher sans souper. Mission accomplie ! Grosse pensée pour Pauline qui devait faire partie du voyage et n’a pu partir de France à cause d’un passeport qui a pris l’eau, et pour Alexandre, ami et compagnon de cordée, dont j’apprends deux jours plus tard qu’il s’est tué au Lagginhorn. Grande tristesse et remise en cause de ce que nous aimons tant : la montagne ne vaut pas la peine qu’on s’y tue si jeune. Pourtant je sais que dans quelques jours, je n’aurais qu’une envie : y retourner. Retour à Katmandou pour se soigner (Hugo tombe aussi malade mais de façon moins sévère), en attendant l’arrivée de l’équipe suivante, composées d’alpinistes plus compétents, pour un objectif plus difficile : le Paldor, à 5900m, dans le massif du Ganesh Himal.


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