Traversée du vercors en pulka

14 Mar 2019

Départ de la cabane d'Essaure, sous le sommet de la Montagnette

 

L'idée de départ était, en prévision de l'ascension du Dénali que programment Pierre et Gilles, de leur partager mes connaissances sur ce sommet, mais aussi et surtout de tester, d'appréhender et maîtriser un déplacement en pulka, tout en les formant à une approche "expé".
Le Vercors, c'est sauvage et joli, et la période actuelle est idéale, alors pourquoi ne pas envisager dès lors une traversée ensemble du Vercors en raquettes et pulka ? Joindre l'utile à l'agréable en quelque sorte. Feu ! Ils sont partants, et moi aussi, car je ne connais pas la partie la plus au Sud de cette traversée, or la découverte, ça me motive.

 

Jusqu'à la veille du départ, j'hésite entre prendre ma longue pulka en bois et une pulka classique et plus petite) chacun. Mais ma pulka en bois est longue donc on pourra tout mettre dedans tout en partant avec des sacs à dos assez légers. L'avantage d'avoir une seule pulka pour trois, c'est qu'on peut se relayer, et apprécier pleinement le voyage lorsque l'on ne l'a pas à tirer.

 

Les conditions en neige s'annoncent parfaites, juste ce qu'il faut pour partir au départ du vallon du Combeau, et la météo nous offrira de belles périodes de beau (mais pas trop chaud) avec une bonne petite perturbation mardi, histoire de tester le matériel et les hommes ! Le créneau est idéal, je me réjouis.

 

Ensemble Vertical pour parer à toutes intempéries !

 

Nous partons en voiture Samedi après-midi après une révision du matériel et une inspection des sacs à Grenoble. Direction le village de Bénévise. La 1ère étape sera courte puisque nous dormirons à la cabane d'Essaure. Emilie nous accompagnera jusqu'au Dimanche midi. Nous ne sommes pas seuls au parking car un skieur part 2,3 jours seul avec sa pulka, mais lui dormira un peu plus haut.

 

Nous arrivons à la nuit et en plein dans les nuages et le vent à la cabane. On ne voit rien et il faut laisser parler l'expérience pour trouver la cabane. Ambiance !

C'est le week-end et l'accès est rapide alors nous ne sommes pas seuls. Un couple qui avait sorti les bougies y compris dans la partie dortoir, pas de bol pour eux :-), et deux jeunes qui se sont perdus qui viennent du Nord et arrivent peu de temps après nous. On se tiendra chaud !

 

Le lendemain, après un superbe lever de soleil, nous partons sous un ciel dégagé vers le Nord et le refuge de Chamailloux atteint à midi pour une pause casse-croûte.

En voyant notre skieur de la veille arriver et galérer dans une légère pente en dévers avec la pulka pourtant légère partir en sucette dans la pente (nous ne sommes pourtant que dans le Vercors, et sur le plateau) je ne peux m'empêcher de sourire. Plusieurs fois on m'a appelé pour louer une pulka ("50e" "Par jour ?" "Non, pour la semaine") mais ils ont préféré louer du plastique ailleurs pour 3 fois plus cher. Forcément, ce qui est plus cher est forcément meilleur ! Alors oui, une pulka en bois est un peu plus lourde, ce que je précise bien à mes interlocuteurs, mais elle résiste mieux aux légers dévers et le bois est moins fragile que ces barres en aluminium jetable dont sont munies les pulkas en plastique actuelles...(2 amarrages cassés sur 4 il y a deux ans lors d'une expédition). Et comme je précise à Pierre et Gilles : là nous avons un effort comparable à ce que vous vivrez au Denali (nous sommes moins chargés, mais comme il y a plus de frottements, cela compense).

La vue sur le mont Aiguille, le petit et le grand Veymont est sublime. Nous avons effectué nos petits réglages sur la pulka et les sacs à dos, et adoptons maintenant notre rythme de croisière. Notre traversée est lancée et tient déjà toutes ses promesses !

 

Vue magique sur le mont Aiguille et le grand Veymont !

 

Pour rejoindre le refuge de Pré Peyret, nous coupons au plus court ou tout du moins évitons le détour classique par la bergerie. En pulka, tout l'art consiste à trouver le meilleur passage, celui qui nous fera perdre le moins de dénivelé et évitera la moindre bosse raide. Donc ayant laissé la pulka à Pierre je pars un peu devant en éclaireur pour repérer le meilleur passage au mètre près.

 

Un jeune nantais est présent au refuge, et fort tard nous accueillerons encore des égarés, un père et sa fille lourdement chargés et à ski. Ils sont crevés et font un peu peine à voir ! Mais c'est sympa de discuter et de voir des gens d'horizons différents. Ce qui est sûr c'est que sous ses aspects débonnaires le Vercors ne pardonne pas. Par la suite nous ne croiserons quasiment plus personne pendant le reste de la traversée.

 

Difficile à imaginer que nous sommes Dimanche et que quelques kilomètres plus à l'Ouest et un peu plus bas a lieu la course de ski nordique, la Trans'Vercors Nordic !

 

Arrivée à la cabane de Jasse du Play

 

Cap au Nord désormais pour une étape qui s'avère assez paisible mais aussi monotone dans la forêt. Je décide alors de partir vers le joli canyon de Queyrie. Nous passons près de la cabane avec une petite hésitation entre passer par la crête ou le fond du vallon, pour rejoindre ensuite le pas des chattons en neige parfaite, sous le majestueux grand Veymont. Choix gagnant ! De là il faut tirer à l'azimut pour rejoindre le GR. Je règle la boussole, tracte la pulka, et laisse la boussole à Pierre. Mais le vent a effacé les traces et je réalise un peu tard qu'on l'a dépassé. 400m à tout casser. Mais nous sommes désormais en forêt, et celle-ci peut être vite touffue et pénible avec une pulka. Je pars en éclaireur avec la carte et la boussole pour couper à travers et rejoindre le GR à proximité d'une clairière. Niquel mais tout cela nous a fait perdre une heure. Pas bien grave, nous avons le temps mais le Vercors s'est rappelé à nous. Ici, sur ces grands plateaux, en cas de mauvais temps et sans techniques de navigation on peut vite être dans l'embarras... Pour palier à tout problème, nous avions deux tentes, qui auraient pu rester dans la pulka puisque nous visions les cabanes. Mais mes deux compères veulent tester leur matériel (l'une ne partira finalement pas pour le Denali), donc dormiront la plupart du temps sous tente, bel esprit ! Quand à moi je profite de la chaleur d'un poêle :-). Nous testerons aussi les réchauds à essence.

 

Où est la tente ?

 

La dernière grosse étape avant la descente sur Corrençon s'avère un peu plus longue que prévue. On a beau avoir une bonne trace désormais sur le GR, la montée de 500m avant de plonger dans le canyon des Erges est assez éprouvante et il fait plutôt chaud, on en viendrait à regretter le grésil que l'on s'est pris hier matin !

Mais les réserves prévues pour un jour supplémentaire en cas d'imprévu ne sont plus nécessaires, alors gros goûter prévu à la cabane historique de Carrette !

 

Le lendemain nous ne traînons pas pour descendre sur Corrençon en Vercors, la pluie est annoncée en milieu de journée. Des randonneurs, des panneaux, les pistes de ski de fond puis le golf : plus on s'approche plus le retour à la civilisation est brutal !
 

Sur les hauts plateaux du Vercors, faire sa trace

 

Cette traversée du Vercors sur 4 jours fut une parenthèse hors du temps, j'ai eu l'impression d'être parti une semaine (l'absence de réseau joue).

Trop plat pour du ski de randonnée, trop long pour être en raquettes, traverser ces hauts plateaux en pulka sur plusieurs jours est la meilleure façon de découvrir ce massif et d'en prendre plein la vue. Respecter ces lieux, ce merveilleux terrain sauvage où se cachent chamois, bouquetins, loups, lièvres, lagopèdes, tétras, la nature à l'état brut ! Bivouac autorisé entre 17h et 9h.

 

Merci à Pierre et Gilles pour leur présence. Vivre tout cela avec eux et essayer de leur donner le maximum de conseils fut un beau moment de partage. Gilles avait même amené un dossier avec toute une batterie de questions :-).

 

Les étapes (50 kms au total, 6h environ par jour):

Les cabanes sont espacées en moyenne de 15 kms. On peut partir du col du Rousset pour une traversée raccourci ou du vallon du Combeau (route déneigée l'hiver). D'autres départs sont possibles plus bas en plein hiver rmais on risque de ne pas avoir de neige, attention au portage ou à l'échec !
1ère étape : Combeau (1600m)- Pré-Peyret. Remonter le début du vallon vers la cabane de l'Essaure puis le col du Creuson et Chamailloux (on peut aussi faire une plus courte étape Combeau-Chamailloux). Soit on part vers le Nord depuis Chamailloux pour viser la bergerie de Peyre Rouge puis le chemin vers l'Ouest, ou on part plein Ouest vers le Pison. Dans les deux cas éviter le sommet de Tourte-Barreaux en plein milieu.

2ème étape : Pré-Peyret - Jasse du Play. Prendre plein Nord en suivant le GR. Facile et direct. Ou alors (notre choix, plus joli mais plus long) suivre le vallon orienté NE pour passer au pied du grand Veymont, le pas des Chattons puis rejoindre le GR à l'Ouest ou au Nord-Ouest.

3ème étape : Jasse du Play - Carrette. Très belle étape variée (qui peut se diviser en deux en faisant une nuit à la cabane du Tiolache du milieu, bien cachée). Attention à l'orientation sur cette partie en forêt dense, notamment sur la remontée vers Tiolache du haut, le canyon ne se prend facilement qu'à partir de ce point. Rejoindre ensuite la plaine de Darbounouse et remonter plein Est depuis la bergerie. Possibilité de finir directement à Corrençon.

4ème étape : Carrette - Corrençon. Suivre le GR désormais bien tracé et indiqué. Etape courte et la plus facile.
 

Raquettes ou ski :

Au choix. Plus rapide à ski mais nous étions en mode "comme au Denali".

 

L'eau :

Une source à mi-parcours : la fontaine des Serrons, 200m au-dessus du GR et d'autres sous la neige. Mais en hiver, pas de souci puisqu'on fait fondre la neige.

 

Conseils divers :

Tente à prévoir en cas de grosse afluence dans les cabanes et par sécurité. Talents en navigation requis et/ou gps : le mauvais temps ou le brouillard là-haut peut se transformer en grosse galère, on est vite en dehors des chemins. L'orientation peut y être très délicate, une forte autonomie est de rigueur.
Bien choisir sa période, un hiver enneigé, et pas trop tard (avant Mars). Sud-Nord ou Nord-Sud, au choix, mais seulement Corrençon est accessible en transport en commun.

 

N'hésitez pas à commenter sous ce post, je répondrai aux questions s'il y en a, et détaillerai cet article encore plus le mois prochain.

 

 

 

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